Le lancer de riz, une tradition en péril ?

Cela fait plusieurs années déjà que la rumeur circule. Le lancer de riz nuptial, cette tradition millénaire que tout le monde connaît, serait désormais interdite en France. Info ou intox ? La vérité semble difficile à rétablir. C’est pourquoi nous avons enquêté pour vous auprès des personnes concernées, pour savoir une fois pour toutes si oui ou non, vous avez le droit de jeter du riz sur les mariés.

Mariés lancer de riz

Le lancer de riz : des origines lointaines

On le sait, on le fait… Mais finalement, pourquoi jette-t-on du riz sur les jeunes mariés à la sortie de l’église ou de la mairie ? Ce rituel est ancestral et découle de différentes cultures où le riz est un véritable symbole. Coutume païenne de l’Antiquité, il n’était pas rare d’asperger de graines de céréales diverses et variées la mariée. Le but était de transmettre, à elle et à son nouvel époux, la force et la fertilité. Cela permettait, soi-disant, d’assurer une union prospère au couple. En effet, dans de nombreuses cultures antiques telle que la Grèce, les céréales étaient synonymes de fécondité et de prospérité. On trouvait par ailleurs diverses divinités qui leur étaient associées, comme Déméter.

Le riz fit vite son apparition dans la Rome antique. Pour porter bonheur et attirer les bonnes grâces des dieux, les enfants de la famille des mariés en jetaient. Il est repris en Allemagne et sert plutôt à constituer le repas de la noce. On pense alors qu’il assure la richesse pour le moment où le couple s’installe dans sa nouvelle maison.

Mais le riz a une tout autre propriété de l’autre côté du globe. En Indonésie, lancer du riz le jour d’une cérémonie nuptiale devait apparemment « nourrir » l’âme de l’époux. L’objectif était de l’empêcher de s’enfuir ou d’être capturée par de mauvais esprits. En d’autres termes, le riz était censé protéger le couple de l’adultère et des instincts primaires du mari. Dans d’autres cultures orientales, il s’agissait principalement d’empêcher le Diable, ou son équivalent, de venir dévorer l’essence des nouveaux conjoints. Plus que du folklore, le lancer de riz est avec le temps devenu une véritable tradition qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Une coutume en voie d’extinction

Simple mode en désuétude ou interdiction municipale ? Le fait est que le riz tend à disparaître des cérémonies. Ainsi, il n’est pas rare de le voir remplacé par différentes alternatives. L’information a été relayée dans de nombreux médias, mais a priori, rien ne semblait officiel. Une employée de mairie à Lyon a accepté de nous rencontrer pour répondre à cette épineuse question : a-t-on le droit de jeter du riz sur les mariés ?

« Cela dépend » nous explique-t-elle. « Cette décision n’est pas nationale, mais municipale. Vous pouvez très bien jeter du riz à Écully et en avoir l’interdiction à Bron ! ». Toujours selon elle, c’est directement auprès de la mairie, lors des procédures prénuptiales, que les mariés doivent se renseigner pour savoir ce qu’ils ont ou non le droit de faire. Mais en général, les communes qui permettent encore cette pratique réclament de nettoyer le parvis de la mairie ou de l’église après les festivités.

Mais en fin de compte, quel est le problème avec le riz ? Nous en jetons depuis toujours. Nous pouvons même voir cela dans des œuvres classiques, comme Robin des Bois des Studios Walt Disney. Alors pourquoi a-t-on subitement décrété que nous ne devions plus le faire ?

Après une enquête approfondie, il semblerait que plusieurs raisons soient en cause. La première, et non la moins importante, est le gaspillage alimentaire. Plusieurs associations de solidarité, ainsi que l’Église catholique, ont soulevé le problème causé par cette tradition. À notre époque où nombre de personnes meurent de faim, il est jugé inadmissible par certains de jeter volontairement un aliment qui aurait pu nourrir ceux dans le besoin.

Cependant, cet argument n’est pas le seul à entrer en compte dans l’éviction du riz de la scène nuptiale. Les grains, abandonnés sur le sol, attirent les oiseaux qui tentent de les manger et risquent de s’étouffer avec. La présence de ces derniers est nuisible devant les lieux de cérémonie et leurs fientes viennent salir les parvis. Le riz, quant à lui, s’il est abandonné par terre, pollue les trottoirs. Pire, en cas de pluie, il devient gluant, colle au sol, endommage les structures publiques et peut blesser des personnes qui glisseraient dessus.

D’autres points, plus minimes, entrent également en compte et contribuent à démoder cette coutume. On peut noter l’inconfort que le riz procure en s’accrochant à la robe de la mariée, ou le fait que le couple ferme les paupières sur les photos pour éviter de recevoir des grains dans les yeux. Tant de raisons qui nous poussent à nous éloigner du traditionnel riz et à le remplacer.

Des alternatives diverses et variées

Outre le riz, les invités ont souvent pris l’habitude de jeter des confettis, synonymes de festivités en tout genre. Mais le même problème se pose. À moins d’acheter des confettis hydrosolubles, en lancer sur les parvis des mairies pollue et n’est pas toujours autorisé dans toutes les localités. De même pour les pétales de roses ou les paillettes, considérées comme des déchets une fois abandonnées sur le trottoir.

Les mariés doivent donc redoubler d’imagination et de créativité pour animer leur sortie de l’église. Certains optent pour des solutions plutôt naturelles, comme des feuilles, des grains de lavande, voire même des lâchers de papillons. Les bulles de savon, soufflées par tous les invités, sont le substitut le plus à la mode et rencontrent un franc succès dans les mariages des cinq dernières années. D’autres se montrent plus inventifs encore, avec des ballons à l’hélium, des rubans à agiter ou des clochettes à faire tinter. Et bien d’autres idées peuvent voir le jour et remplacer le jet de riz nuptial.

En conclusion, vous pouvez, selon les endroits, en lancer sur les mariés, mais même dans les villes qui l’autorisent, mieux vaut trouver d’autres alternatives pour éviter de gaspiller de la nourriture et de nuire à la propreté locale.