10 idées reçues sur le métier de correcteur

10 idées reçues sur le métier de correcteur

Le métier de correcteur fait fantasmer. Il est un peu mystérieux, assez peu répandu et encore peu connu. Ce qui nourrit les clichés et les idées reçues sur le sujet. Comme j’exerce ce métier depuis plus d’un an maintenant, j’ai fait face à de nombreux stéréotypes. Certains m’ont amusée, d’autres beaucoup moins. Que vous soyez correcteur en devenir ou potentiel demandeur de corrections, cet article devrait vous aider à y voir plus clair sur cette profession.

Idées reçues métier correcteur

1. Pas besoin d’études pour être correcteur

Je pense que c’est LA plus grande idée reçue sur le métier de correcteur. Pour l’exercer, il faut simplement être bon en orthographe et tout baigne, on est prêt à se lancer. Je pensais ça aussi, avant. Mais bien vite, j’ai réalisé que c’était complètement faux.

Comme n’importe quel métier, la correction, ça s’apprend. Et il existe plusieurs formations qui permettent de devenir professionnel. Pour commencer, les cursus des métiers du livre et de l’écriture, comme mon Master LARP par exemple, sont une bonne piste. Quand je suis arrivée en M1, je pensais que j’étais excellente en orthographe. J’avais tort, j’étais juste à un bon niveau. Toutes les subtilités que je présente à travers mes posts LinkedIn (quelque temps, une espace, après que + indicatif…) me viennent en grande partie de là.
D’autres formations, comme l’École des métiers de l’information (EMI), forment plus spécifiquement au métier de correcteur. Le certificat Voltaire peut également être une base, car il permet de découvrir de nombreuses subtilités.

En tout cas, je le répète et le martèle, il ne suffit pas d’aimer le français, ni d’être un littéraire dans l’âme, ni d’avoir fait une licence de Lettres Modernes pour devenir correcteur professionnel. C’est un plus, certes, mais ça ne suffit pas. Si vous hésitez à faire de la correction votre métier, je vous en supplie, ne vous reposez pas sur vos acquis et formez-vous. C’est le meilleur moyen d’apporter la satisfaction à vos clients et de ne pas dévaluer la profession.

2. Le correcteur est totalement infaillible

Alors certes, quand on est correcteur, c’est quand même mieux de ne pas faire de fautes quand on écrit ou quand on parle. Mais n’oublions pas que le correcteur est un être humain comme les autres. Avec ses faiblesses, donc.

Je prends mon exemple : en tant que correctrice, je suis très active sur LinkedIn. Chaque jour, j’y passe trois heures au minimum, pour répondre à tous les messages et les commentaires que je reçois, soit au réveil le matin, soit en fin de journée. Autant vous dire qu’à ce moment-là, je n’ai pas forcément les yeux en face des trous. Et je n’ai pas le temps de relire chaque commentaire que je poste, au risque de voir mes trois heures quotidiennes passer à six !

Donc une coquille peut vite arriver. Est-ce que ça remet en question toute ma profession ? Je ne pense pas, car je ne suis bien sûr pas aussi concentrée quand je réponds à la va-vite à un commentaire que lorsque je corrige un texte pour un client ou quand j’écris mes contenus personnels.

3. Ne lui écrivez pas : il va vous faire remarquer toutes vos fautes

C’est plus fort que lui, le correcteur ne peut pas s’empêcher de corriger les fautes de tout le monde… Un peu comme les psys en fait, on ne peut pas boire un verre avec eux sans qu’ils nous psychanalysent.

Cette idée reçue est très fermement ancrée dans les esprits (autant pour les correcteurs que les psys). Je ne compte plus les messages de personnes qui me disent ne pas oser me parler parce qu’elles ont peur que je les juge.

Désolée, mais une personne qui fait ça, je n’appellerais pas ça une correctrice, mais une casse-pieds (pour rester correcte). D’abord parce que ce n’est pas très poli de corriger d’entrée de jeu les fautes d’un message de quelqu’un qu’on ne connaît pas (et même de quelqu’un qu’on connaît). Et ensuite, parce que le correcteur ne peut pas se permettre de corriger gratuitement tous les messages qu’on lui envoie.

Si je faisais ça, il y a longtemps que j’aurais fait faillite…

Air bête

4. Le correcteur connaît chaque mot de la langue française

La langue française fourmille de mots plus étranges les uns que les autres. Entre les mots spécifiques à un domaine, les mots désuets, les mots qui ont plusieurs orthographes… Difficile de s’y retrouver ! Et bien évidemment, le correcteur est un être humain et il lui est difficile d’apprendre par cœur l’intégralité du dictionnaire. Certes, Amélie Nothomb l’a fait, mais ses capacités de mémoire ne sont plus à prouver.

Lorsqu’il corrige un texte, le correcteur a accès à Internet et à ses dictionnaires, ce n’est donc pas grave s’il ne connaît pas chaque mot de la langue française. En revanche, il est essentiel d’aller vérifier l’orthographe ou le sens d’un mot dès qu’un doute se fait ressentir.

Et par extension, le correcteur ne parle pas nécessairement avec un langage extrêmement soutenu et littéraire dans la vie de tous les jours. Spoiler : il peut même utiliser des anglicismes ou du verlan. Mais ça ne l’empêche pas de peser dans le game.

C'est leviosa

5. C’est l’occasion d’avoir un avis sur le fond de son texte

Le correcteur est très souvent confondu avec son confrère : le bêta-lecteur. Dans un article de mon blog, je vous expliquais en détail la différence entre ces deux professions. Mais il est toujours bon de le rappeler.

Un correcteur, au sens strict du terme, ne vous fera pas de retour sur votre histoire. Vous le payez pour qu’il corrige votre texte, retire toutes les fautes, modifie les tournures bancales, repère les incohérences. Mais ce n’est pas son rôle de vous dire si votre intrigue est bien ficelée ou ce que vous pouvez améliorer pour envoyer votre roman à un éditeur. Ça, c’est le travail du bêta-lecteur.

Bien sûr, il n’est pas rare de voir un professionnel présentant les deux casquettes. Mais à titre personnel, je ne suis que correctrice. La raison est simple : je suis extrêmement mauvaise pour faire des retours objectifs et j’ai toujours peur de vexer. Voilà pourquoi je conseille toujours de contacter mon amie Christelle Lebailly pour un véritable travail sur le fond de votre roman.

6. La correction, c’est gratuit !

Ceux qui me suivent sur LinkedIn depuis mes débuts se rappelleront sûrement mon post « Je peux te demander un service ? » Beaucoup pensent – à tort – que la correction est quelque chose que tout le monde peut faire et que ça ne mérite pas de salaire.

Un peu comme tous les métiers du Web, le graphisme, la rédaction… « On vous payera en notoriété ! » Franchement, s’il existe un correcteur devenu riche et célèbre sans être rémunéré juste en corrigeant un roman, qu’il me contacte, je veux son secret !

La correction est un travail comme un autre, qui nécessite une véritable expertise et qui prend du temps. Et comme on dit, tout travail mérite salaire.

Mais attention, quand je parle de salaire, je ne parle pas de correction low cost. Je vous renvoie d’ailleurs à cet excellent article que j’ai trouvé lors de mes recherches et qui décortique très bien le travail entre un auteur et un correcteur.

On me dit parfois que je suis trop chère. Mais pour commencer, ce salaire me permet de vivre, tout simplement, car je n’ai que ça comme source de revenus. De plus, en tant qu’autoentrepreneur, on a énormément de charges et de taxes. Dites-vous que pour 20 euros payés, presque 50 % sont retirés par l’Urssaf et les impôts. Ça calme, hein ?

Le prix peut d’ailleurs être un bon indicateur sur la qualité de votre correcteur. Attention, ce n’est pas fiable à 100 %, mais un vrai professionnel facturera généralement entre 15 et 25 euros les 10 000 signes sans espaces. En dessous, il y a de fortes chances pour que ce soit un correcteur amateur. Alors fuyez les « 1 euro pour 10 pages » si vous recherchez de la vraie qualité.

Shut up and take my money

7. Et une correction de texte, c’est vite fait !

Dimanche, 22 heures : « Bonsoir, pourriez-vous corriger mon mémoire de 100 pages pour demain, midi ? »

Véridique, j’ai reçu ce message dans ma boîte mail. Déjà, une simple lecture de 100 pages prend du temps. Mais la correction, ce n’est justement pas une simple lecture de loisir. Un bon correcteur relit au minimum deux fois le texte qu’on lui envoie, car même en se concentrant à 200 %, on laisse toujours passer des fautes la première fois.

De plus, corriger toutes les fautes prend beaucoup de temps. Je m’en rends compte lorsque j’effectue mes deux lectures. La première me prend peut-être bien le double du temps que je mets pour la seconde. Il faut également compter le temps de vérification dans les dictionnaires et Bescherelle en cas de doute, les échanges avec le client…

Non, la correction, ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Ou alors, c’est que le travail rendu a été bâclé.

Et rappelons au passage que comme pour n’importe quel métier, le correcteur a des horaires de travail et une vie privée. Et en règle générale, le dimanche soir, il dort. Enfin moi, c’est ce que je fais, en tout cas 😴

Quicksilver

8. En plus, on corrige toujours la même chose…

Ce cliché-là, je le dédie à tous les futurs correcteurs qui pensent (comme moi à mes débuts) qu’on corrige toujours le même genre de textes. Un tour dans mon portfolio permet de voir que c’est loin d’être le cas !

Un correcteur peut être amené à corriger des tas de textes différents : des romans bien sûr, mais aussi des nouvelles ou des livres pratiques. On peut également corriger des mémoires et des thèses pour les étudiants, voire des devoirs scolaires (ça m’est arrivé plusieurs fois !). Avec des professionnels, on peut relire des sites internet entiers, des articles, des courriers, des posts de réseaux sociaux, des rapports, des brochures, des sous-titres de vidéo…

Bref, tout ce qui est écrit en français peut avoir besoin de notre expertise ! C’est la raison pour laquelle j’adore mon métier : je ne m’ennuie jamais.

Bien sûr, il peut arriver de tomber sur une mission pas très enthousiasmante, un roman pas génial, un mémoire long et ennuyeux… Mais on se console en se disant que la mission d’après sera sûrement très différente !

9. Sans oublier que c’est un milieu totalement bouché !

Quand je dis que je suis correctrice, la première chose qu’on me demande, c’est : « Mais tu arrives à avoir des clients ? » Eh bien oui, et même plus que je ne peux en gérer ! Pourtant, j’ai hésité à me lancer comme correctrice à mes débuts car j’étais moi aussi persuadée qu’il n’y avait pas de travail. J’ai été tellement, mais tellement surprise quand j’ai découvert que c’était loin d’être le cas !

La demande en correction est même totalement en expansion à mesure que le niveau en français baisse. L’ennui, c’est que beaucoup de correcteurs débutants se cantonnent à vouloir corriger des romans pour des maisons d’édition. Il y a de la demande là-bas, certes, mais assez peu, il faut le reconnaître. Mais heureusement, comme je vous l’ai dit, la correction est un domaine très vaste et on peut être amené à corriger pour des clients surprenants. À titre indicatif, les livres que je corrige ne représentent qu’à peine 50 % de mes missions. C’est dire !  

10. Le correcteur n’est pas quelqu’un de fun

« Ben dites donc, celle-là, elle doit être marrante en soirée… 🙄 » J’ai vu ce commentaire sous l’un de mes posts sur l’orthographe qui avait été relayé dans un groupe de trolls. C’est vrai, comme je passe mes journées à corriger les fautes des autres, je suis forcément quelqu’un d’austère et de très très sérieux. C’est d’ailleurs le cas de tous les correcteurs. On le sait, ils ne savent pas rire, pas faire de blagues. Ils ne sont bons qu’à faire la morale aux autres et à regarder Des Chiffres et des Lettres.

Je terminerai donc cet article en vous prouvant mon humour de qualité avec une blague qui m’a permis d’avoir 20/20 en cours de pratique d’écriture en licence, oui, oui :

« Ce sont deux prostituées qui se disputent. »

Dites-le à voix haute.

Voilà, on est bon. C’est tout pour moi.

Embarrassing


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