Être bon en français suffit-il pour être correcteur ?

Être bon en français suffit-il pour être correcteur ?

« J’ai toujours été bon en français, alors je suis fait pour être correcteur ! » J’ai très souvent entendu cette phrase. Je l’ai sûrement prononcée, moi aussi, quand j’étais en première année de fac. Mais maintenant que je pratique réellement ce métier, je constate que si être bon en français est une bonne base pour devenir correcteur ou correctrice, c’est loin d’être suffisant. Découvrez pourquoi.

être bon en français

Aimer lire fait-il de nous de bons correcteurs ?

Alors, bien sûr, quitte à être correcteur, c’est quand même mieux d’aimer lire, puisque cette activité représente bien 95 % de notre activité. Toutefois, la lecture « loisir » et celle pour corriger un texte sont deux choses bien différentes.

Lorsqu’on lit un roman, confortablement installé dans son fauteuil préféré, on est là pour passer un bon moment, s’évader, rêver, découvrir une bonne histoire. On n’est pas en mode sniper des fautes d’orthographe.

Il arrive que l’on en repère au fil d’une lecture détente, puis qu’on les signale à l’éditeur qui les a laissées en précisant au passage qu’on est correcteur professionnel, si jamais… Mais il est peu probable que l’on retrouve toutes les coquilles oubliées. Et surtout, un livre édité a logiquement déjà été corrigé, et souvent par plusieurs correcteurs. On n’a donc pas de raison d’activer son radar à fautes.

Lire un roman pour le corriger n’est pas la même chose. Il faut être attentif à tous les instants et s’interroger constamment : cette phrase-là est-elle correcte ? Il n’y a pas une répétition, là ? C’est vraiment ce personnage qui fait ça ? Il est également important de faire preuve d’une grande rigueur et d’aller vérifier toutes les informations mentionnées par l’auteur, dates, noms de personnalités, lieux, etc.

De plus, contrairement à une personne qui lit par plaisir, le correcteur ne choisit pas forcément les textes qu’il va relire. Déjà, rappelons-le, il n’y a pas que des romans, on peut être amené à corriger des contenus extrêmement variés. Mais lorsqu’il s’agit de livres, ils n’entreront pas nécessairement dans le canon habituel de ce que vous lirez, et vous n’aurez pas toujours la possibilité de décliner.

Être bon en orthographe, mais pas que…

Pour commencer, il y a « être bon en orthographe » et il y a « être correcteur professionnel ». Et non, ce n’est pas la même chose ! Quand je suis arrivée en master LARP, j’étais plutôt douée en français et j’avais de très bonnes notes en cours de grammaire. Et pourtant, j’étais loin d’avoir le niveau d’un correcteur professionnel à cette époque. J’ignorais que « voire même » était un pléonasme, que « baser sur » était un anglicisme et qu’il ne fallait jamais, ô grand jamais utiliser « du coup » pour dire « donc ».

Toutes mes connaissances, je les ai obtenues en étudiant beaucoup, à la fois dans mon master, pendant mon apprentissage auprès d’un éditeur-correcteur et par moi-même.

Au-delà de maîtriser les règles de syntaxe, il est important d’avoir un vocabulaire riche, à la fois pour trouver des synonymes et nuances pendant des corrections. Mais aussi pour éviter de tomber sur des mots inconnus lors d’une correction, ce qui pourrait vous faire louper une faute si ces mots en question sont mal employés. Pour cela, le dictionnaire est votre meilleur ami et des logiciels comme Antidote peuvent beaucoup vous aider.

Par ailleurs, ces outils ne sont pas une concurrence envers les correcteurs, bien au contraire ! Ils peuvent grandement vous être utiles pour compléter vos connaissances.

Il faut également connaître la typographie sur le bout des doigts : majuscules, espaces sécables et insécables, virgule à bien placer, italique… Les dieux savent qu’il existe des tas de règles, de contre-règles et de contre-contre-règles dans cette branche du français.

Être écrivain soi-même, ça aide ?

Beaucoup d’écrivains choisissent de devenir correcteurs de par leur appétence pour la langue française. C’est mon cas. Mais si cette double casquette peut avoir des avantages, comme une connaissance de la structure d’un roman, un vocabulaire varié ou des contacts dans le monde de l’édition, elle peut aussi avoir de gros inconvénients.

Lorsqu’on est auteur, on peut très vite être tenté de modifier des passages d’un livre que l’on corrige parce que « je n’aurais pas écrit ça comme ça ». Certes, quand une phrase est bancale ou esthétiquement douteuse, il est de notre devoir en tant que correcteur de faire une suggestion au client. Mais on ne doit en aucun cas dénaturer son style d’écriture. Et le fait d’être écrivain peut faire que vous ne résisterez pas à la tentation.

De la même manière, et cela ne touche pas que les écrivains, un correcteur doit savoir mettre son idéologie de côté quand il corrige un texte. Si, par exemple, vous acceptez de corriger un texte écrit au masculin neutre alors que vous préférez féminiser les mots ou être inclusif, vous ne devez pas le faire si votre client ne vous l’a pas demandé.

Il n’y a pas que le français dans la vie

On me l’a déjà plusieurs fois dit sous mes posts LinkedIn. Bon, c’était plutôt pour dénigrer mon travail, mais dans le fond, ce n’est pas totalement faux.

Dans le métier de correcteur, on ne se focalise pas uniquement sur la langue française, loin de là. Je l’ai dit précédemment, on est amené à vérifier toutes les informations présentes dans le texte pour éviter les erreurs. Un auteur peut très vite perdre toute sa crédibilité s’il s’est trompé de date pour un événement important, et c’est à nous, correcteurs, de veiller à ce que tout soit correct.

Il est pour cela essentiel d’avoir une bonne culture générale, ou au moins d’être curieux de tout et d’apprendre de nouvelles choses régulièrement. À titre d’exemple, sachez qu’un jour, je corrigeais un magazine où un article mentionnait la brebis Dolly, clonée en 1996. Or, l’article expliquait qu’il s’agissait d’une chèvre. Un correcteur qui ne connaissait pas en détail l’histoire de Dolly et qui n’aurait pas pensé à vérifier cette information aurait laissé l’erreur.

De plus, on peut être amené à travailler dans des secteurs inattendus, comme la sécurité privée, la médecine du travail ou les nouvelles technologies. Il faut donc rester ouvert à tous les domaines.

Donc, comme souvent, je conclurai cet article en disant : FORMEZ-VOUS. C’est super d’être doué en français et d’aimer lire, mais c’est comme aimer faire des gâteaux : ça ne suffit pas pour devenir un pâtissier professionnel. Il faut étudier pour connaître toutes les subtilités de la gastronomie, toutes les techniques pour faire les meilleurs desserts. Eh bien en correction, c’est pareil 😉 Et si vous cherchez une formation sérieuse et professionnelle, je vous recommande l’ÉMI, à retrouver en cliquant ici.
Merci à Julie Merlo, correctrice freelance, pour son aide à la rédaction de cet article ❤️


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